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La Découverte des talents cachés. Elite Magazine Inter a rencontré Mme Flore Alice

Le monde bouge partout

Depuis 2009, le monde bouge. Être cuisinier n’est plus un acte passif mais véritablement une position active, proactive même. De nombreux cuisiniers et cuisinières revalorisent d’ailleurs le consommateur pour le placer au cœur du commerce. Cette forme de commerce alternatif donne une nouvelle voix aux consommateurs qui peuvent, non seulement, bénéficier des services moins coûteux, mais aussi devenir acteurs de cette économie du partage en donnant de sa personne.

Elite Magazine Inter a rencontré Mme Flore Alice

Elite Magazine Inter : Bonjour Madame, Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs

Flore Alice : Moi c’est Alice Flore Brissy épouse Brissy, je suis de nationalité ivoirienne, d’origine Wê plus précisément guéré de Duékoué/Bangolo je suis également d’une famille très grande, la famille Tagouya, je suis donc de père et de mère d’une famille très grande.

EMI : En parlant de grande famille faites-vous allusion à une estimation de 10 ou 15 enfants, est-ce cela ?

F.A : Oui ! Oui ! je suis issue d’une famille de 8 (huit) enfants dont 4 (quatre) filles et 4 (quatre) garçons tous des mêmes parents, papa et maman. Coté grands-parents nous pouvons dénombrer 45 membres.

EMI : Wow !!!

F.A : Rire, comprenez par là que j’ai vécu dans une grande famille. Nous avions tout au long de notre parcours eu pas mal de déplacement, car papa était commissaire de police. Nous n’étions pas à Abidjan mais plutôt à Yamoussoukro, pour sa dernière affectation nous étions à Bouaké ou il nous quitta en 1994. Avec ces nombreux déplacements, nous avions eu un métissage de culture pour ne pas dire un brassage culturel ivoirien avec une intégration culturelle dans les zones où nous sommes passés. A travers ce brassage culturel, nous avions également découvert une variété gastronomique propre aux différentes villes dans lesquelles nous sommes passés, notamment chez les Baoulés.

EMI : Vous avez découvert toutes les cuisines.

F.A: HO Oui, on découvre forcement beaucoup de choses.

EMI : Vous-êtes donc née à Yamoussoukro ou Bouaké ?.

F.A : Je suis née le 05 Octobre 1968 au Plateau, je suis la première fille de ma mère qui se nomme Tagouya Mariam parce que nous avons un côté musulman.

EMI : Votre mère est originaire du nord de la Cote d’Ivoire ?

F.A : Non, elle est aussi guéré, mais convertie à l’islam. J’ai également mes oncles Ziboh, Jeannot, Ali, Adama, c’est donc une famille mixte, chrétienne-musulmane, mais malheureusement ils sont tous décédés. Mon père lui est de Guihébly, ma mère est de Duékoué.

EMI : Un vrais métissage Alice ! mais de quelle zone de Duekoué est votre mère ?

F.A: Rire, c’est la famille Tagouah, ils sont tous connus à Duékoué, mais je ne saurais vous dire exactement de quel secteur ils sont.

EMI : Depuis combien de temps êtes-vous en Angleterre ?

F.A: Je suis arrivée en Angleterre en 2008, l’intégration n’a pas été facile parce que j’ai constaté un changement par rapport à la France ou je suis arrivée à l’âge 16 ans, du coup ça n’a pas été chose aisée parce qu’il fallait que j’apprenne la cuisine parce que je ne savais pas le faire. La situation familiale dans laquelle j’étais pendant mon enfance nous avait tellement simplifié les choses avec les oncles et tantes qui nous faisaient à manger, d’où finalement on ne touchait à rien.

Lorsque j’ai rencontré mon époux, on parcourait tout le temps les restaurants, les maquis. Un jour il marqua un arrêt et me demanda « pourquoi allons-nous tout le temps dans les maquis et restaurants, tu ne sais pas préparer ? », je lui ai répondu par l’affirmatif, et il m’a répondu par la suite « OK, je vais te l’apprendre », il est originaire de Gagnoa et de Mama précisément. C’est ainsi, qu’il m’a appris à faire la cuisine. Parfois j’étais furieuse quand je manquais d’ajuster les ingrédients pour le bon assaisonnement, mais il m’encourageait à chaque fois. S’il y’a quelqu’un à remercier pour cela, c’est le père de mes enfants qui me l’a appris. Quand je suis arrivé à Paris ma tante surprise une fois de me voir faire à manger, m’a demandé « ou tu as appris à cuisiner, je lui ai dit que c’était depuis Abidjan ». C’est ainsi que j’ai eu la passion de la cuisine.

EMI : En 2008, quand vous êtes arrivés en Angleterre vous aviez continué à faire la cuisine ?

F.A : Beh en 2008, j’étais en couple, je ne faisais pas à manger, il s’occupait bien de moi, quand il revenait on allait manger à Brixton dans un restaurant africain appelé « chez Maurice Sahé ».

Un jour, je lui dis, tu peux me laisser faire la cuisine et il rétorqua en me disant « quand je te vois j’ai l’impression que tu ne sais pas préparer ». Donc quand je me suis mise à faire la cuisine plus précisément la sauce accompagnée de l’attiéké et de l’huile rouge, il était tout épaté.

EMI : Dites-nous comment vous est venue l’idée de faire des plats de livraison à domicile.

F.A : Alors, là au début, quand je le faisais je résidais à Palace Road à Streatham vers le bas de garage, j’ai des amis qui y venaient, donc je faisais à manger pour tout le monde, après je ne sais pas trop faire de petit plat mais plutôt la gastronomie à l’africaine c’est-à-dire beaucoup afin que tout le monde soit servi. Je ne parlais pas bien l’anglais donc je ne pouvais pas vraiment travailler, parfois à force de préparer en abondance la nourriture me restait sous la main parce que mes enfants ne mangent pas africain. Cette passion de la cuisine pour tous m’a conduite à plusieurs interrogations en mon for intérieur, il y’avait pas mal de personnes célibataires, des personnes également qui une fois après le boulot avaient du mal à se faire à manger et qui aimaient bien les chicken and chips. C’est comme cela que l’idée m’est venue en commençant par un tarif en inadéquation avec le contenu ; En effet, j’ai fixé le coût du plat à £5 (Five) Pounds. Ce service était perçu par certaines personnes comme « gratuit », les propositions sortaient de part et d’autre en me demandant d’ouvrir un restaurant. Les contraintes linguistiques et administratives m’ont conduite à débuter à la maison. Après nous avions procéder à la déclaration de mon activité et petit à petit les choses ont commencé à aller de l’avant. C’est ainsi que je faisais à manger à mon domicile, ceux qui pouvaient manger sur place le faisait, ceux également qui voulaient faire « take away » le faisaient.

EMI : Quel est la nature des rapports que vous entretenez avec les personnes de votre secteur d’activité ici en Angleterre ?

F.A : nous entretenons de très bons rapports, pour plus de précisions les week-ends je donne un coup de main à l’Ivoire pour tout ce qui concerne la gastronomie ivoirienne (Kplé, le biocosseu, etc.) et en semaine je le fais à mon domicile. Mais pour être honnête, j’ai toujours précisé aux clients mes spécialités parce que le tchep qui est purement d’origine sénégalaise je ne sais pas le faire, donc quand je reçois des commandes de tchep j’oriente la clientèle vers les spécialistes en la matière.

EMI : Est-ce que vous avez assez de clients ?

F.A : Oui j’en ai un nombre considérable.

EMI : Parlez-nous spécialement de vos spécialités, parce qu’on a l’impression que vous faites un peu tout ?

F.A : Oui effectivement, je fais pas mal de mets ivoiriens, le poulet braisé, le gouagouassou, le placali-foutou, La sauce graine, la sauce claire, le djougblé l’alloco, les sauces ivoiriennes. En un mot tout ce qui touche à la gastronomie ivoirienne.

EMI : Quel est le prix moyen d’un plat ?

F.A : Le plat coute 7 (seven) Pounds.

EMI : Rire, il est gratuit !!! Vraiment moins cher je trouve.

F.A : Oui, effectivement je le fais par rapport à nos frères célibataires qui ne peuvent pas se faire à manger parce qu’ils n’ont pas le temps à cause de leurs nombreuses occupations. Je le fais parce que je suis une passionnée de cuisine, j’aime voir le sourire des uns et des autres. Et même je suis aussi dans un environnement favorable à la cuisine puisque cela fait 6 ans que je travaille au Mc Donald.

EMI : : Intéressant ça, combien d’heures faites-vous au Mc Donald ?

F.A : Je fais 8 heures de service (6H-14H).

EMI : On comprend indubitablement que c’est pour la passion que vous le faites. Mais dites-nous comment se fait la distribution ?

F.A : Je ne fais pas de distribution pour l’instant, les gens se déplacent avec leur véhicule pour venir s’acheter à manger.

EMI : Comment se font les commandes ?

F.A: Les commandes sont passées via le telephone (SMS, Whatsapp).

EMI : Y’a-t-il des jours opérationnels ou êtes-vous ouverts tous les jours ?

F.A: je suis opérationnelle tous les jours, si un client a besoin d’une spécialité particulière, il me le dit et je le fais, s’il veut également manger la pintade, la viande de brousse, le tilapia je suis également opérationnelle.

EMI : Où faites-vous votre approvisionnement pour cette gastronomie purement ivoirienne ?

F.A: Je le fais un peu partout, car la collecte des intrants, on ne peut pas le faire sur un seul marché, les ingrédients disponibles sur le marché de Brixton peuvent ne pas l’être sur le marché Catford, pareil pour les légumes que je récolte chez mon marchand à Brixton et à Holloway.

EMI : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce domaine ?

F.A : Je ne rencontre pas vraiment de difficultés, j’aime bien le faire à domicile parce que j’ai de la famille tout autour qui en profite aussi, mes frères, mes sœurs qui viennent prendre de nos nouvelles, donc quand nous sommes en famille, on se met autour de la table et puis voilà.

EMI : Quel message pourriez-vous lancer à la diaspora ?

F.A : Un message de solidarité, d’encouragement et de respect surtout afin de motiver une personne qui envisage non seulement de soulager la communauté ivoirienne mais aussi qui souhaite promouvoir la culture ivoirienne.

EMI : le respect dans quelle circonstance ?

F.A : Le respect dans l’intimité, quand on ouvre sa porte à tout le monde, on a l’impression que certaines personnes se croient tout permis.

EMI : Le message transmis est spécifique à la gent masculine. Avez-vous également un message à faire passer aux dames qui essaient de s’en sortir dans la vie, mais qui se découragent ?

F.A : Comme le disaient mon père, Vouloir c’est pouvoir. C’est l’exemple d’une femme enceinte et qui a l’accouchement en subissant les douleurs de l’enfantement dit qu’elle ne tombera plus jamais enceinte, mais une fois la douleur passée et l’enfant dans ses bras, elle n’hésiste pas à tomber en grossesse une seconde fois puis une troisième fois. Juste pour dire qu’il n’y a rien de facile sur cette terre, rien n’est facile dans la vie. J’ai vécu une situation pas facile notamment les barrières linguistiques au point où je me suis dit que si c’était si compliqué que ça je retournais soit en France soit en Côte d’Ivoire. Cela me rappelle le livre intitulée l’épée de l’excalibur qui relatait l’histoire d’une épée que personne ne pouvait sortir de terre, c’est l’enfant d’un forgeron qui a pu la sortir de terre et qui était donc l’élu et donc le roi du village. Je leur demande simplement d’être déterminées car chacun à son destin.

EMI : Avez-vous reçu l’aide de quelqu’un pour parvenir à cette finalité ?

F.A : Oui, effectivement permettez-moi de remercier par cette occasion Abdon Bayeto et Jean Claude Elite qui m’ont offert tous les couverts. Franchement, ils m’ont vraiment donné un coup de main car ils sont toujours à mes côtés et m’ont même dit que si j’avais un espace pour m’installer afin d’agrandir mon commerce ils me suivront. Ce sont des personnes avec un grand cœur et pour tout ce qu’ils ont fait jusque-là est vraiment énorme.

EMI : C’est vous qui leur avez demandé où ils l’ont fait volontairement ?

F.A : Ça été fait de manière spontanée, j’en ai eu des larmes aux yeux et même faire des publications sur Facebook pour qu’on les remercie. Il y a également un ami qui m’envoie des vins à vendre et un autre médecin Dr ASSI qui me soutient également et qui par moment valorise la gastronomie ivoirienne pour certains festins organisés dans son hôpital.

EMI : Préparez-vous pour les grands évènements ?

F.A: Généralement pour les anniversaires et les petits festins, mais les mariages c’est un tout petit peu compliqué parce que je suis toute seule.

EMI : Comment voyez-vous votre entreprise dans 5-10 ans, pensez-vous persévérer dans cette activité ? L’agrandir si possible ?

F.A : Je pense encore agrandir mon commerce, car selon moi c’est quelque chose dont on a besoin tout au long de notre vie. Je le fais pour la passion, j’aime apporter quelque chose dans la vie des autres et savoir qu’ils sont heureux en consommant mes repas cela me procure énormément du plaisir.

EMI : N’aviez-vous pas de problèmes avec certains restaurants à cause de votre faible tarification, qui pourrait peut-être être considérée comme une concurrence déloyale ?

F.A : Pour l’instant non, mais bien au contraire. Je pense que c’est ce qui m’a fait valoir ce contrat à l’Ivoire, parce qu’ils ont su qu’il y avait du monde qui me suivait et du coup pourquoi ne pas partager avec eux toutes ces connaissances gastronomiques ?

EMI : Rires, vous devez bien encourager le célibat ? Je veux dire en leur faisant à manger tout le temps.

F.A: Rire, non. Pour votre gouverne il n’y a pas mal de couples qui ont recours à mes plats, j’ai même un ami chauffeur de bus qui vient de temps à autre avec sa femme.

EMI : Comment faites-vous pour les commandes estimées à environ 200 ou 300 plats ?

F.A : Jusque-là, je n’ai pas encore reçu ce volume de commande, juste de petites commandes d’anniversaire, entre amis, voilà.

EMI : pensez-vous employer aujourd’hui des gens compte tenu de l’ampleur ou du succès que pourra encore avoir votre business ?

F.A : Toute aide sera la bienvenue, juste que pour l’instant c’est une restauration à domicile que je le fais toute seule, si les commandes croissent de manière exponentielle pourquoi ne pas employer des frères et sœurs qui ont également besoin de travail.

Je n’ai pas besoin d’importants investissements, les plats peuvent être commandés à l’avance par texte ou par téléphone. L’idéal est de travailler en famille : les livraisons peuvent ainsi être assurées à moindre coût. En pratiquant un prix raisonnable  pour un enlèvement sur place, vous économisez, et réduisez les dépenses.

Un plat de Foutou Banane

Il va de soit que ce type d’activité doit se faire dans les conditions d’hygiène et d’infrastructure permettant aux clients de consommer sans danger. Comme pour toute activité réalisée dans la chaîne alimentaire, il est nécessaire pour nous les nouveaux chefs.

Pourquoi cette idée ?

Parce que je crois à la cuisine. La cuisine m’intrigue et me passionne de plus en plus à l’Hexagone, et ce ne sont pas les audiences télé des différents programmes culinaires qui nous prouveront le contraire. Certains sont à la recherche de revenus complémentaires alors que d’autres souhaitent améliorer la qualité de leurs repas sans en augmenter le coût, je suis de cette tendance.

L’originalité parfaite :

Mes plats, bien entendu, ainsi que ma manière de les présenter : tendent à changer cette image de “super aliment d’un futur lointain que l’on mangera à contrecœur” en un produit concret et contemporain à l’image qualitative et saine c’est ma signature.

Cuisiner est une passion et loin de moi l’idée d’arrondir mes fins de mois, je suis une des cuisinières amateurs et passionnés de cuisine du monde. Je cuisine les spécialités de mon pays et pour l’occident aussi à mon domicile mes clients dont la plupart sont des célibataires, et aussi des couples mariés ces derniers n’ont pas toujours le temps de faire la cuisine quant-ils descendent du boulot. C’est un service pratique et gourmand, mais aussi l’occasion d’une belle rencontre.

ELIT MAGAZINE INTER FRANCAIS_Mise en page 1

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